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La chapelle de René d'Anjou se fissure

La chapelle se fissure

Mardi 28 Août 2012 - Article du Courrier de L'ouest

Appuyée contre le schiste, la chapelle du magnifique couvent de la Baumette se fissure depuis 50 ans. Les propriétaires vont entamer des travaux de stabilisation d'urgence. En espérant mieux...

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Tout Angevin, ou non, qui n'a pas visité l'ancien couvent de la Baumette passe à côté d'un grand moment de félicité. Il faut voir ses sept jardins suspendus au-dessus de la Maine, marcher sur ses terrasses ardoisées, regarder ses lilas qui sortent des murets, contempler ses fresques murales, découvrir son cloître taillé dans la masse.

Et visiter sa chapelle. Commandée par René d'Anjou lui-même pour honorer sainte Marie-Madeleine, elle fut bâtie d'une étonnante façon entre 1452 et 1454. D'abord, on excava la pierre de schiste, dont on fit les murs, puis on adossa le tout au rocher, en liant murs et rocher par de solides charpentes de bois.

 

« Le problème venait de la charpente »

Bernard Bourgeois devant l'autel qui a tout changé. Au-dessus de lui, les fissures

Un tel assemblage aurait dû lui assurer la perpétuelle indulgence du ciel. Mais en 1616, le Maréchal de Brissac crut se mettre à l'abri des foudres de l'enfer en payant de ses deniers un monumental autel surmonté de colonnes doriques. La suite, c'est Bernard Bourgeois, occupant des lieux avec son épouse Monique, qui la raconte. « En élevant ce retable, on a obstrué une verrière, explique-t-il. Pour récupérer de la lumière, on a ouvert une grande fenêtre sur le côté. Pour cela, on a supprimé une poutre qui avait fonction de tirant entre le mur et le rocher. »

Le regrettable effet de cette intervention hasardeuse ne s'est fait sentir que trois siècles après. « Depuis une cinquantaine d'années, le coin nord-est de l'édifice se fissure », déplore Bernard Bourgeois en montrant des fentes inquiétantes où l'on pourrait glisser plusieurs doigts. Or, régulièrement, le lieu reçoit des visiteurs, souvent surpris par le charme des lieux et passionnés par son histoire.

« En 2011, nous avons fait réaliser une étude par un cabinet spécialisé de Beaucouzé, reprend notre guide. Elle a confirmé que le problème venait de la charpente et non du sol. » La parade technique a été trouvée pour sécuriser les lieux. Une entreprise galloise va injecter un béton par un manchon inséré dans les murs. Un tel procédé a été testé avec succès au château d'Angers. Le coût, 30 000 ¤, est déjà un poids pour la famille Robert, propriétaire des lieux en indivision. L'ensemble est classé monument historique depuis longtemps. Les collectivités et l'Etat ont été rappelés à la rescousse.

Mais une vraie restauration coûterait vraisemblablement des centaines de milliers d'euros. Bernard Bourgeois n'ose l'entrevoir : « C'est un chantier qu'on ne peut envisager ».

 

Un lieu de plus en plus ouvert au public

Sur un hectare et demi, le couvent offre une multitude de dénivelés et curiositées architecturalesL'ancien couvent de la Baumette est nommé ainsi par le Roi René en 1452, en référence à Sainte-Baume, en Provence, où le comte d'Anjou vénérait sainte Marie-Madeleine. Il y fait aménager une grotte (baume) où est placée une statue de la sainte. Après avoir été sous l'ordre des Cordeliers, le couvent passe aux Récollets, puis devient une villégiature des dignataires ecclésiastiques. A la fin du XIXe siècle, il est propriété du météorologue collectionneur Albert Cheux.

Le domaine appartient depuis presque un siècle à la famille Robert. Actuellement, six sœurs et un frère qui le gèrent en indivision. Bernard Bourgeois et son épouse, née Robert, y habitent en permanence. Les autres y passent souvent une partie de l'été.

Pour recueillir des fonds, ils ont fondé l'Association de l'ancien couvent de la Baumette. Cet été, les lieux ont été ouverts au public chaque troisième vendredi du mois, de 14 à 18 heures. En septembre, l'enceinte sera accessible lors du week-end du Patrimoine (entrée payante). Et, une exposition artistique de soutien, visible tous les après-midi, aura lieu du 15 au 30 septembre. Le troisième dimanche d'octobre, les lieux seront de nouveau ouverts l'après-midi.

Situant en extrême limite du territoire d'Angers, aux confins de Sainte-Gemmes-sur-Loire, le couvent figure depuis 2010 dans le site confluence du patrimoine mondial de l'Unesco. « La Ville d'Angers ne s'y est jamais beaucoup intéressée », glisse au passage Bernard Bourgeois, qui fut pourtant conseiller municipal de Jean Monnier.

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