Font Size

Cpanel

Histoire détaillée de l'ancien couvent

Le site en 1450

En ce milieu du 15eme siècle, le Roi René aimait à se reposer sur les bords de la rivière « la Maine ». Belligan, plus tard Reculée, le Manoir de Chanzé rappellent ses lieux de séjour préférés. Proche de cette dernière demeure, le Roi René reçut en 1450 un cadeau du comte de Laval (père de Jeanne de Laval sa seconde femme), « un jardin et une vigne », situé en partie haute du rocher de Chanzé, un rocher important, surplombant la Maine, ouvert sur la rivière par une large grotte qui rappelait, au Roi de Provence et comte d’Anjou, la BAUME (« grotte » en provençal) qui abrita selon la tradition Marie-Madeleine en son temps, la Sainte Baume aujourd’hui.

1451 : L’ermitage de Marie Madeleine à la Baumette

Le Roi René décidait d’honorer celle qui sût accompagner le Christ au pied de la croix en lui dédiant un Ermitage, copie fidèle de celui de la Sainte Baume, près de Sainte Maxime.

Il décida de construire un couvent voué à la Sainte Marie Madeleine et qu’il a appelé « La Balmette », c’est à dire petite Baume.

La première pierre fut déposée solennellement en 1452 ; de ce premier ermitage – à part son nom – rien ne reste dans les archives, ni plan, ni dessin, ni description ; quelques témoins subsistent : une chapelle en ruines, des traces d’habitations dans le rocher, des appuis de poutres qui laissent à penser que cet ensemble – le lieu de prière et un habitat sommaire – se situait en partie nord du couvent actuel ; en particulier, la chapelle, actuellement adossée à l’église – il en reste des parties de mur et un regard- pourrait être le premier bâtiment fermant le grand auvent de la grotte. Cette chapelle fut richement dotée de reliques exceptionnelles apportées par le Roi René et son épouse lors d’une procession solennelle en l’an 1454.

1456 : premier couvent des Cordeliers

Des textes anciens rapportent qu’en 1456 le Roi René appelait des Cordeliers pour occuper le couvent nouvellement bâti (comme dans bien d’autres lieux de pèlerinage, un premier ermitage s’augmente très vite d’une nouvelle communauté monastique : à la Sainte Baume : les Dominicains…)

Pourquoi des Cordeliers ? Comme tous les Franciscains, pénétrés des stigmates de la passion reçus par Saint François, les Cordeliers ont une véritable dévotion pour la crucifixion (bien des peintures découvertes à la Baumette en témoignent aujourd’hui encore). Ils ne pouvaient qu’être sensibles à la dévotion de Marie Madeleine qui tint une telle place au pied de la croix. Les Cordeliers, frères prêcheurs, sont appelés à proclamer la parole du Christ, à les commenter. Ils se doivent de connaître l’Evangile et ses commentaires : la Baumette – au-delà de sa fonction d’habitation commune- devient un lieu de formation intellectuelle ; 20 religieux, 5 professeurs, un prédicateur encadrent des dizaines d’élèves laïcs et convers , dont le plus célèbre : François Rabelais (1517).

Le couvent s’organise selon le plan Bénédictin classique : une église orientée vers l’Est, un cloître, bordé sur un côté par les lieux de travail et la bibliothèque (en ruine aujourd’hui), par des lieux d’habitation et de rencontre sur un autre côté, par l’ensemble réfectoire-cuisine-desserte-buanderie-caves de l’autre côté- ici en partie Sud pour que cette « logistique » soit reliée directement à l’extérieur de la « clôture » (rampes, escaliers…).

Un plan simple – pour une réalisation exceptionnelle puisqu’il faut entailler le rocher sur plus de 15 mètres de hauteur pour loger le cloître et les bâtiments conventuels ! (un siècle plus tard, un voyageur allemand dira son émerveillement devant ce couvent où « l’église, les cloîtres, les dortoirs et les cellules sont taillés dans le roc, en particulier le bel escalier à vis reliant ce niveau aux deux étages de cellules.. »)

Dans cette période faste du 16eme siècle, le couvent s’enrichit de très belles fresques : dans le « parloir », une crucifixion due à Vandelant, dans le réfectoire-et son oratoire-un « portage de croix » et une série consacrée aux grands personnages de l’ordre franciscain.

Mais le dernier tiers de ce siècle verra la Baumette menacée par les troupes protestantes ; en conséquence, les Cordeliers commandent des armes à la Mairie et organisent la surveillance et la défense de l’enceinte du couvent : un chemin de ronde court en tête des murs (simple passerelle posée sur des corbeaux d’ardoise, toujours visibles)-une tourelle à trois embrasures de tir commande et condamne l’approche par le « chemin des moines ».

1580-1590 La fin des Cordeliers

A l’image de bien d’autres communautés religieuses, les Cordeliers vont oublier l’idéal de pauvreté et de service de St François ! Comme d’autres encore, ils s’enfoncent dans un goût du confort, une soif d’enrichissement, un débordement d’appétits qui scandalise. « Boire comme un Cordelier, c’est vider le cellier »…

En ce sens, les lieux de la Baumette sont jugés trop inconfortables, trop humides. On part s’installer en ville ; le couvent est abandonné, en triste état. Tout est à reprendre : et la vocation, et l’esprit, et les lieux de prière. Ce sera le rôle des Récollets !

1596 La Baumette, première maison des Récollets

Quelques Franciscains, les « spirituels » ont résolu en cette fin de siècle de retrouver l’esprit de pauvreté et l’élan de spiritualité de Saint François. Un ordre monastique nouveau se crée, reconnu par le Pape, promulgué en France par Louis de Gonzague en 1597. Dès la fin de 1596, le frère Garnier, avec quelques frères « Récollets » (ceux qui ont suivi les profondes « recollections »du renouveau monastique) s’installe dans les locaux délabrés de la Baumette, fondant la première maison « Recollette » de France (avec Nevers et V… ?)Les lieux conventuels sont réhabilités, l’église agrandie d’un tiers pour y loger la vaste tribune(le « chœur ») remplaçant le « pupitre »d’où l’on chantait les offices(1616).

En 1691, (presque 100 ans après la célèbre visite d’Henri IV à la Baumette, à la veille de signer l’Edit de Nantes) les Récollets, à leur tour, partent s’installer à Angers. La Baumette devient, en partie, hospice et infirmerie- mais, surtout lieu d’accueil pour les chapitres annuels de l’ordre ou pour les personnages importants venus se recueillir dans le couvent ; d’où un effort architectural pour rendre les bâtiments plus dignes de ces visiteurs : le cloître se voit doté de belles arcades au style « classique », les chambres en partie Sud sont aménagées, leur menuiserie remplacée par des encadrements en pierre, des bâtiments annexes sont supprimés, offrant une cour, toujours au Sud, plus agréable (1758).

La Baumette aujourd’hui

A la révolution, il ne reste plus que le « gardien »(le « prieur » chez les franciscains) et un frère. La Baumette est vendue comme bien national à un commerçant, M. Fillon, qui la revend en 1808 à M. De Jully, le propriétaire de Châteaubriant ; devenue maison d’été du grand séminaire, habitation pour la famille de M. Cheux- propriétaire dès 1841-les bâtiments sont remis au goût de l’époque : percements dans la façade Sud, enduits « décoratifs »-fausse pierre, escaliers nouveaux, démolitions…

Albert Cheux, pour sa part, édifie une tour octogonale de quatre étages (20m) - en partie haute du rocher- pour effectuer les relevés météorologiques qui le rendront célèbre. il n’en reste que la base : deux coups de canon du char US arrivé au pont de Pruniers, en 1944, l’effondra. Albert Cheux décéda en 1914.

Depuis, la Baumette , habitée par la famille Robert-parents des Cheux- garde précieusement son église, son cloître, les vestiges de sa bibliothèque et de la sacristie, le très beau réfectoire, le parloir et sa crucifixion ; même modernisés, les bâtiments dont l’ « orangerie »-qui se fonde sur la cave si bien décrite, et appréciée pour son vin par RABELAIS- et l’ex- maison du jardinier, rappellent les locaux d’activité du couvent, pour l’un, la chapelle du « fier ordre de Saint François », pour l’autre.

Quant aux 5 jardins énumérés par le Commissaire de la République venant prendre en compte le « Bien National », en 1774 (le jardin « du haut », le jardin de Versailles avec ses bois, le jardin de l’infirmerie, le jardin des noyers et le jardin des tilleuls), ils forment toujours, sur leurs terrasses successives, l’écrin de verdure d’un site exceptionnel.

You are here Histoire Histoire détaillée