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Le couvent de la Baumette - 5_siècles d'histoire

Au milieu de XVe siècle, au lendemain des dévastations de la guerre de cent ans, le Roi René appréciait le calme de ses manoirs et la beauté des ses jardins ; tout proche d’Angers, son manoir de Chanzé lui était particulièrement cher : une closerie et une vigne réputée encadrant un imposant rocher d’ardoise qui plonge directement dans la Maine. Cette ancienne carrière d’ardoise gardait du temps ancien de son exploitation, de grandes terrasses horizontales dégagées par de vastes fronts de taille successifs ; sur un de ces à-plats opportunément orienté Est-Ouest, le Roi René décidait d’implanter un petit ermitage (en fait une vaste chapelle blottie sinon en partie encastrée) dans la masse d’ardoise ; la présence, au pied du rocher, d’une importante excavation (où l’on retirait les bateaux en cas de crue de la Maine) lui rappelait la grotte de la Sainte BAUME, dans son royaume de Provence, où l’on vénérait le souvenir du séjour (supposé ) de Marie-Madeleine.

L’ermitage (une chapelle, et une hôtellerie toute simple) était alors baptisé « la Baumette » (la petite grotte)

Edifiée en 1452, l’église était doublée d’une petite chapelle destinée à recevoir les précieuses reliques offertes par le Roi René, qui les déposait lui-même, à l’occasion d’une procession solennelle déroulant ses fastes le long de la Maine, depuis le château jusqu’à son rocher de Chanzé.

 

A partir de cet événement solennel, la Baumette devint le lieu de pèlerinage très prisé des Angevins, à tel point que le Roi René décidait de remplacer l’humble ermitage par un véritable couvent, qui sera desservi par des franciscains qui lui étaient particulièrement chers. Les cordeliers du couvent d’Angers envoyaient à la Baumette les premiers desservants, vite rejoints par de nombreux convers, et par les prédicateurs et les professeurs qui les prépareront à leur futur apostolat ; au cœur de la ville, au carrefour, et sur les places publiques, ils diront la parole de Pauvreté de Saint François ( l’un deux, plus tard, ne parait pas être l’exemple parfait de l’austérité prononcée, François RABELAIS, qui aurait fait ses premières études à la Baumette….)

Le couvent déploie ses locaux suivant le plan type de la « règle de Saint Benoît » (ce plan que l’on retrouve dans les couvents et les abbayes de la France entière) :

- Une grande chapelle et une tribune d’où l’on chante les offices.

- Sur le flanc Sud, on abrite les galeries du cloître

- Elles desservent : au Nord la salle capitulaire et les salles d’étude, au Sud le réfectoire

- Au dessus de ces vastes locaux, les dortoirs, celui des pères au plus près de la chapelle, celui des convers, au dessus du réfectoire.

Pour réaliser effectivement ce plan type, on se heurtait à une difficulté apparemment insurmontable : le flanc sud de l’église étant véritablement incrusté dans le massif d’ardoise il fallait, pour implanter le cloître, creuser la roche et réaliser un « cuvelage » de 20 m sur 20m au minimum à près de 20m de profondeur, soit plus de 10 000 tonnes d’ardoises à extraire et à évacuer vers la rive puis par bateau.

Cet exploit technique, donne au cloître, toujours intact, un visage de sérénité, protégé par la paroi d’ardoise, parfaitement dressée qui l’appuie et le domine.

Ce premier couvent sera agrandi 20 ans plus tard. L’ensemble logistique (cuisine, cellier, buanderie, atelier..) est agrandi et une « zone vie » est créée pour les nombreux convers (réfectoire et dortoir).

Ces bâtiments ont disparu, libérant de très belles terrasses qui seront aménagées, au XVIIIème siècle en jardins méditerranéens. En effet le couvent avait connu à cette époque bien des transformations : ruiné lors des guerres de religions, rebâti au XVIème siècle pour accueillir les quelques franciscains qui ont choisi de revenir à la règle et à la pauvreté de Saint François (les Récollets) A nouveau déserté au profit d’un couvent plus confortable bâti près du Château d’Angers il devient, au milieu du XVIIIème siècle, l’hôtellerie chargée de recevoir les hauts dignitaires de l’Ordre Franciscain et d’accueillir les « chapitres généraux ».

Le gardien de la Baumette (le prieur chez les Franciscains) adapte les bâtiments austères du couvent, au confort et au prestige de cette nouvelle fonction : le cloître s’enrichit de très belles arcades classiques, en tuffeau, remplaçant les anciennes charpentes, le bâtiment sud s’orne de belles fenêtres XVIIIème, les jardins et les terrasses redessinées en jardins d’agréments, qui, à leur tour seront désertés et abandonnés : la révolution est passée par là qui a expulsé les quelques frères encore présents, le couvent est vendu comme «  Bien National « . l’acquéreur, un entrepreneur angevin, le revend au propriétaire de Chateaubriant (M. de JULLY ), château proche de la Baumette, qui entreprend de transformer les bâtiments encore debout en maison d’habitation. Cette nouvelle résidence est cédée à M Jules CHEUX, père de Albert CHEUX, un météorologue réputé, qui fera bâtir au point haut du rocher, une tour de 4 étages d’où il pourra consulter le ciel et les étoiles et faire ses relevés quotidiens. Une tour qui s’effondre sous les coups de canon d’un char américain lors de la libération d’Angers en Août 1944.

 

La Baumette est aujourd’hui une résidence privée, inscrite au catalogue des Monuments Historiques. Elle se visite lors des journées du patrimoine et, sur réservation, pour des groupes de mai à octobre.

Elle est l’un des sites importants du parcours des « demeures du Roi René ».

J.M.

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